Apprentissage du Tuishou à des débutants
Dernière mise à jour : 2 oct.
Date : février 2019
Lieu : Bauge-en-Anjou (49) - Compte rendu d’atelier décalé
Sont présents : Jean Boucault, Hervé Marest, Jean-Paul Bonhuil, Yannik Michel, Doudou, Lionel Descamps, François Besson, Alix Helme-Guizon.
1. POSTULAT DE DÉPART
Notre réflexion porte sur l’apprentissage du Tuishou à destination de débutants ayant moins de 3 ans de pratique.
Ces pratiquants ont déjà expérimenté « le toucher » au travers des corrections manuelles pratiquées par leur enseignant lors de l’apprentissage de la forme. Au tout début, l’enseignant doit prévenir le pratiquant qu’il va poser ses mains sur lui.
L’ensemble des exercices de Tuishou de Mt Wang Yen Niem peut être proposé et pratiqué au niveau débutant.
Le travail à deux doit être proposé au plus tôt à des débutants. Pour les personnes montrant des réserves voire des réticences, il est indispensable que l’enseignant les prenne individuellement pour l’exécution du geste.
2. DÉFINITION DU TUISHOU
Il est apparu nécessaire pour entamer notre réflexion de définir le Tuishou.
La traduction littérale de ce mot chinois est : « poussée des mains ».
Concrètement, cela signifie travail à deux.
Les exercices de tuishou qui se déclinent seuls ou s’appliquent à deux consistent :
à effectuer une série de poussées et d’absorptions avec un partenaire ;
à mettre en pratique à deux les principes acquis au cours de l’exécution de la forme l’axe, rentrer dans ses appuis, relâchement…) ;
à rechercher pour soi son unité corporelle et à sentir chez l’autre cette unité ;
à développer la proprioception notamment au travers de ses appuis (pieds) ;
à expérimenter et à travailler « l’écoute » (conserver
3. LES PRINCIPES GÉNÉRAUX ET FONDATEURS DU TUISHOU
Au travers de l’acquisition des principes généraux ci-dessous se construit la pratique du Tuishou :
le relâchement et c’est dans le relâchement que se produit l’étirement ;
Emmagasiner et compresser l’énergie dans le dantien inférieur ;
Baisser son centre de gravité pour un meilleur ancrage (relation périnée/terre) ;
Savoir dissocier, si nécessaire, les trois étages constitués par la tête, le tronc, le bassin ;
Effectuer une série de gestes dans la continuité et pour cela changer de direction dans la continuité de la montée ou de la descente.- Être à l’écoute c’est-à-dire ne pas anticiper, ne pas chercher à dominer, favoriser la relation avec autrui au travers d’un contact bienveillant. Comprendre la différence entre tension, tonicité et raideur, dureté.
Mettre en pratique les principes que sont adhérer, coller, lier et suivre.
L’intention génère la posture.
4. LES DIFFICULTÉS OU PETITS PROBLÈMES LE PLUS SOUVENT RENCONTRÉS
Outre les peurs, réticences, aversion, réserves que peuvent avoir certaines personnes vis-à-vis du contact physique, l’observation de la pratique du Tuishou chez les débutants fait ressortir généralement des contraintes qu’il convient de corriger :
l’absence de mobilité du bassin ;
les genoux qui rentrent ou qui sortent voire qui dépassent les orteils lors de l’exécution d’un geste ;
Absence de relâchement (taille, épaules, bras), d’où la difficulté à absorber (accepter) la poussée dans la taille ;
Exécution trop précipitée ;
le recul instinctif sur une poussée ;
le risque de cambrure (lordose lombaire) notamment sur une poussée au niveau du plexus ;
la perte de l’axe ou de ses racines ;
l’absence d’intention qui se traduit par l’absence de regard en direction de l’action ;
l’exécution plus gymnique qu’énergétique des exercices de tuishou.
La poussée au ventre peut générer une gêne chez certaines pratiquantes.
5. DOIT-ON INSTAURER UN RITUEL POUR DÉBUTER L’APPRENTISSAGE DU TUISHOU ?
De l’avis unanime des participants à l’atelier décalé du Collège, il n’y a pas nécessité d’instaurer un rituel pour débuter les exercices de Tuishou. En effet, un rituel signifie posséder la connaissance si ce n’est la maîtrise des gestes qui le constituent et pour ce qui nous intéresse ce serait « une préparation à la préparation ». Toutefois, il peut être étudié des approches pédagogiques avec ballon, bâton, élastiques, exercices en miroir, exercice de poussées (pantin désarticulé) ou l’ utilisation d’images puisées dans les gestes quotidiens de la vie. Les exercices de base d’étirements de notre Ecole et le bagua jin (rassembler les énergies au niveau du dantien) sont appropriés pour appréhender les exercices de Tuishou. Il est relevé que les exercices de Tuishou restent des éducatifs, où sont privilégiés, l’absorption dans la taille, l’enracinement, la mise en tension… l’expression pouvant être multiple, on peut n’en privilégier aucune. Beaucoup s’appuient sur la notion de défense, notion instaurant un temps supplémentaire à la réaction qu’il conviendrait d’avoir en cas d’agression physique. En cas de danger, c’est l’attaque immédiate qui peut permettre de rester dans un « timing » viable.
6. TRAVAILLER « LA POSITION DU CAVALIER » dite aussi « MA BU »
L’adoption de la position du cavalier dite aussi « MA BU » permet l’ouverture des plis de l’aine, de baisser son centre de gravité, de pratiquer une légère rétroversion qui estompe la lordose lombaire. Sur cette position, il convient de veiller à la flexion des genoux qui ne doit pas être exagérée afin que ceux-ci ne dépassent les orteils. Par ailleurs, au travers de réajustements posturaux (relâchement, remplissage du bas du dos, abaissement des épaules, creusement de la poitrine, …) et du développement de la proprioception, le pratiquant doit s’attacher à répartir son poids sous toute
la sole plantaire.
7. LE PENG GESTE « CLÉ » POUR INTRODUIRE PLUSIEURS TECHNIQUES DE TUISHOU.
Le PENG offre l’avantage de rentrer directement dans sa structure corporelle (arc boutant, ouverture du dos, relation périnée/terre). La position ouvre à toutes les connexions avec autrui gauche/droite, haut/bas, avant/arrière. Le Peng offre l’avantage d’un contact qui semble moins intrusif corporellement car s’appliquant sur l’avant bras du partenaire. Le contact dans le Peng, permet, au partenaire, d’apprendre à poser ses mains tant dans la qualité du contact que morphologiquement (poignet, coude). Toutefois, il apparaît que le geste Peng n’est pas si simple à mettre en place car il nécessite à chercher son axe (position de la tête, ouverture du pli de l’aine et abaissement du centre de gravité), à renforcer le dos, à creuser la poitrine et à lever les bras en maintenant une certaine tonicité (souple et fort en même temps, comme la barque soulevée par les flots…).
Avec la position PENG peut être abordées les notions de tonicité/densité/rondeur du geste/ouverture des aisselles (prendre un chat endormi au creux de ses bras et de son épaule).
En conséquence, malgré la difficulté, un travail sur PENG peut s’avérer un excellent préalable aux exercices de Tuishou et illustrer nombre de principes généraux et fondamentaux mis en œuvre dans le Tuishou.
8. MÉTHODE POUR CONDUIRE LA RÉFLEXION
C’est au travers de la chronologie des exercices mis en place par Mt Wang Yen Niem que notre réflexion sur l’apprentissage du Tuishou s’est poursuivie.
Après échanges, il nous est apparu que la chronologie ne devait pas être modifiée car les exercices s’enchaînent de façon cohérente et complémentaire.
Il est intéressant que l’apprentissage du Tuishou passe par une exécution en solo du geste avant d’exécuter celui-ci avec un partenaire.
Pour la quasi totalité des gestes, les règles de sécurité à observer et consignes à prodiguer sont :
Ne pas laisser les genoux partir dans tous les sens ;
Ne pas cambrer ;
Garder l’axe (entre sommet de la tête et plancher pelvien) – notion de « posture souveraine » ;
Pratiquer lentement et en douceur ;
La poussée est continue ;
Pousseur et poussé doivent rechercher systématiquement en début de geste leurs racines dans le sol ;
Ne pas chercher à dominer l’autre, ne pas chercher à se valoriser ou gagner systématiquement, ne pas mettre en difficulté son partenaire ;
Favoriser l’écoute plutôt qu’une exécution gymnique qui rentrerait dans la routine de la répétition des mouvements.
Pour ce qui concerne les critères d’évaluation de la bonne exécution des exercices de Tuischou, il apparaît qu’ils sont globalement les mêmes pour tous les exercices, afin d’alléger le tableau de nostravaux seuls les observations spécifiques seront portées au regard de l’exercice concerné. En conséquence, pour tous les exercices les critères d’évaluation d’une bonne exécution sont :
Mobilité de la taille, notion d’enracinement et Hang Xiong Babei
Garder son axe ;
Ne pas reculer sur une poussée ;
Ne pas avoir les genoux qui sortent ou qui rentrent ;
L’intention s’illustre au travers du regard porté en direction de l’action ;
respiration naturelle, à l’inspire emmagasiner l’énergie, à l’expire délivrer l’énergie.
Le tableau ci-après précise pour certains gestes des consignes particulières et ouvre la réflexion sur l’utilisation d’aides pédagogiques .
La contrainte du temps a nécessité de s’arrêter au geste de l’exercice 12 « Pousser des deux mains selon un mouvement circulaire vertical ».
NOM DE L’EXERCICE TUISHOU | PRINCIPES ESSENTIELS MIS EN ŒUVRE | CONSIGNES SÉCU À PRODIGUER | PROPOSITIONS AIDE PÉDAGOGIQUE | ÉVOLUTION DU GESTE VERS | CRITÈRES DÉVALUA- TION SUPPLÉMEN- TAIRES |
EX 1 :Rotation de la taille en direction de la jambe arrière, à gauche puis à droite | - Ne pas reculer. - Garder son axe vertical. - A la réception de la poussée chercher sa racine dans le sol. | Outre les consignes générales précitées. Sur l’exécution en solo, ne pas envoyer le bras en arrière pour ne pas mobiliser l’épaule. Ne pas faire d’apnée. | Avant d’exécuter complètement le geste, adopter la position de l’archer, tendre le bras avant et balancer le bras arrière, à chaque balancement sentir « le pompage », la compression sous le talon. Tressauter sur la verticale pour compresser le talon. Faire exécuter le geste en invitant le pratiquant à utiliser le bras arrière comme pour lancer une balle (appréhender l’horizontalité, focaliser l’attention). Dans cet exercice, le pratiquant passe jambe avant. L’idée est de créer un arc tout en gardant son axe. Sur ce même dispositif, pousser en rentrant dans sa jambe AV, Lors de la poussée donner l’image « coller sa colonne vertébrale au mur qui se trouve derrière ». Faire exécuter le mouvement sans décoller le talon du pied avant pour renforcer l’ancrage. Image pédagogique :« La tête du dragon s’enfonce dans le sol tandis que la queue est dans le bras AV. Un dragon peut avoir plusieurs têtes (La tête, les deux bras, les deux jambes). | Evolution possible du geste vers un An Lu. Les « cercles verticaux » peuvent être proposée dans la suite de cet exercice. | |
NOM DE L’EXERCICE TUISH | |||||
EX 1 :Rotation de la taille en direction de la jambe arrière, à gauche puis à droite |
Après discussion, il apparaît nécessaire de bien dissocier l’exercice 1 du 2 pour une meilleure compréhension de la finalité des 2 gestes respectifs. | |||||
EX 2 : Rotation de la taille en direction de la jambe avant, à droite puis à gauche. | |||||
Rapidement dans la discussion avec la notion de pompage intervient la décomposition d’un geste qui répond généralement à 4 temps exprimés comme ci-contre : | |||||
EX 3 : Fléchir la taille | |||||
Pas de cambrure.
vers l’arrière | |||||
EX 4 : Fléchir la taille (rétroversion) en s’inclinant vers l’avant. | |||||
Concernant l’exercice 5, il est apparu intéressant de revenir à la version proposée initialement qui ne comportait pas sur la remontée l’ intention de revenir sur le partenaire pour le pousser. L’idée étant que revenir c’est induire (il y a potentiel mais sans l’exprimer). Cependant, pour les tout débutants, il peut être préférable installer cette remontée face à la direction de départ dans la continuité de le descente en relâchant. Sinon, il y a risque de rupture dans le geste, ce qui est à l’opposé de la pratique du Tuishou. | |||||
EX 5 : Esquiver en Effectuer le mouvement Lorsqu’il y a l’intention de Possibilité d’un retour type Ne pas aller au-
s’accroupissant sur la jambe gauche, puis sur la droite. | |||||
EX 6 : Pousser d’une main selon un mouvement circulaire. |
Présenter un Peng qui a de
la densité c’est-à-dire que le
bras offre une tension.
Ne pas ouvrir de trop le bras
en Peng.
Relâcher le bassin, un bassin
qui bouge = début de la
mobilité.
Conserver son axe.
Attention aux genoux qui
rentrent ou partent sur le
coté et à ne pas cambrer.
Pour conserver son centrage,
le geste doit être contenu.
Consigne : « le mouvement
est devant soi ».
Si dans l’absorption, le
coude du poussé revient trop
Expérimenter un Peng offrant une
structure plus carrée (plus fermée)
qu’une structure circulaire.
Travail spécifique sur l’aptitude de
coller suivre aussi bien sur l’
expression (AV) que sur l’absorption
(AR).
Pour effectuer le mouvement des
images tirées du quotidien « faire la
vaisselle, tourner sa sauce »
Travail du geste à vide mais avec un
Travail énergétique avec
l’écoute sous la sole plantaire
et sollicitation des « yong
quan ».
Travail d’écoute. Si le bras
en Peng rentre plus en
contact, le « poussé » subit
moins la pression.
Travail du dos, dans la
position Peng, lors de la
réception de la poussée, se
focaliser sur le coude du bras
Ne pas reculer | |||||
EX 7 : Parer vers l’arrière en fléchissant la taille. | |||||
EX 8 : Parer vers l’avant en fléchissant la taille. | |||||
Surveiller la structure de
l’épaule et ne pas forcer sur
l’épaule. Bien que sur la
poussée celle-ci risque
moins que sur l’exercice 7,
la consigne pour le pousseur
« pousser vers le bas » peut
Possibilité de travailler le geste en
offrant à son partenaire un double
Peng (les deux bras simultanément et
poignet contre poignet) ou encore
bras croisés.
Utiliser un mur. Celui-ci ne doit pas
Tester plusieurs amplitudes
dans le mouvement pour
identifier ses limites
corporelles.
Balancer au rythme du mouvement le bras qui n’est pas en Peng renforce la structure. | |||||
EX 9 : Peng, Lü |
Installer le bas, s’ancrer
dans le sol.
Laisser de l’air sous les
aisselles.
Éviter les torsions dans les
genoux et les épaules.
Lorsque la poussée sur Peng
est coté défavorable (jambe
AV du poussé), ce dernier
absorbe en levant le coude.
Coté favorable, il absorbe
normalement la poussée.
Dans l’expression du Lü
laisser tomber le coude.
Peng (AV bras) posé sur
Peng du partenaire et celui
qui supporte le bras du
partenaire exprime son
Peng.
Le Lü va chercher derrière
le coude du partenaire qui
est en Peng afin d’éviter
que le partenaire transforme
son Peng en coup de coude.
Ne pas tourner la main du
bras en Peng lors de
l’évitement cela densifie la
structure.
Attention à la réception de la
poussée lever le coude peut
se traduire par « faire
flotter » car lorsque le bras
L’effectuer en déplacement
avec partenaire.
Commencer à écouter la
structure du partenaire
lorsqu’il reçoit la poussée.
Sentir en posant ses mains
sur le partenaires, les pieds
de celui-ci.
Travailler la prise de contact
sur l’avant bras.
Travail sur l’amplitude, une
ouverture des plis de l’aine,
une fermeture du thorax et un
Peng plus resserré peuvent
traduire une approche plus
martiale.
monte l’épaule s’ouvre. Baisser le coude peut offrir au partenaire la possibilité de rentrer au centre. Le Lü est tiré par le corps. | |||||
EX 10 : Libérer l’énergie Jin avec An | Garder son axe. Chercher ses racines dans le sol. | Ne pas cambrer. Ne pas pousser en bout de bras. | Travail de proprioception sur sa structure. Pour le pousseur, écouter l’organisation corporelle du partenaire sur la poussée. | ||
EX 11 : Libérer l’énergie Jin avec Ji | Il faut cisailler avec les coudes pour exprimer le Ji. le poussé reçoit Ji sur son Peng, pour chasser le Ji il exécute un Lü avec son bras libre (celui-ci reste ballant le long du corps mais présente une certaine tonicité). Afin de mieux absorber et pivoter lors de l’exécution du Lü, la possibilité de « tourner en conscience autour du majeur de la main du bras Lü » favorise la rotation de l’avant bras mis en action et l’ouverture sous l’aisselle. Pour le pousseur, lors de l’expression du JI ne pas trop fermer le pli de l’aine et imprimer au corps une rotation légère pour appliquer son Ji au centre du partenaire. Garder l’axe dans le | Pour le poussé, engluer la main du partenaire lors de l’absorption en Peng. C’est à dire conserver le contact avec les mains du partenaire en retardant la rotation qui intervient avec le Lü et qui est destinée à chasser le Ji. | Attention « l’archer ne part pas avec la flèche » c’est à dire lors de l’expression du Ji avec transfert d’appui jambe AV ne pas être déséquilibré. | ||
changement d’appuis. Aller dans le pied AV à partir du bassin. | |||||
EX 12 Pousser des deux mains selon un mouvement circulaire vertical |
Position des bras au départ
pour un partenaire bras levé
coté jambe avant, bras
baissé coté jambe arrière, le
partenaire vient s’installer à
l’intérieur des poignets ainsi
offerts.
Risque de « faire des
nœuds » avec ses
poignets/mains.
Laisser le partenaire faire
son Lü, ne pas tirer son bras.
Effectuer l’exercice en
déplacement.
Rechercher, si possible, le changement de partenaire à chaque exercices.

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