Taille et bassin : comment du relâchement développer le JING
Dernière mise à jour : 2 oct.
Date : mars 2010
Lieu : Toulouse - Séminaire du Collège
Animateur : Pierre Lang
Préambule
Le tai chi chuan en tant qu'art martial interne, est fondé sur le développement d'une force souple et dynamique appelée « jing », sans rapport avec la force physique pure. La condition de développement de ce « jing » est le relâchement. Le relâchement (song) permet la constitution d’un continuum du corps. Ce continuum est la condition de l’expression du jing, qui se conçoit dans les pieds, s’organise dans la taille et s’exprime dans les doigts.
La proposition de travail a porté l’attention sur le rôle de la taille en tant que « gouverneur » du mouvement, dans sa distinction et son articulation avec le bassin.
Un autre objectif de l’atelier a été de faire prendre conscience que le « relâcher » n’est pas un état passif (macaroni cuit), mais un état dynamique, qui mobilise la concentration, et ne peut se développer qu’à travers la pratique.
Fil rouge
La pratique d’une marche simple, orientée alternativement à gauche et à droite, s’appuyant sur le mouvement « AN », et exécutée en début d’atelier et en fin d’atelier a permis à chacun de faire le point sur son parcours durant l’atelier. L’enrichissement de son expérience, a été favorisé par ce que lui a renvoyé son (ses) partenaire(s) de travail. On peut certes avancer seul, mais pour certains registres, l’aide extérieure est précieuse.
Installation du relâchement (song) en partie inférieure du corps
La proposition de travail du relâchement à consister à donner à chacun les outils lui
permettant individuellement ou avec un partenaire de travailler le relâchement.
Pour les pieds, deux indicateurs : le relâchement (étalement) des orteils (ressenti
individualisé) et le relâchement des tendons de la cheville (avec un partenaire
indiquant par un signal l’apparition de micro-tensions/ Dans cette pratique le
« partenaire-écoute» apprend également, mais en creux ce que l’autre perçoit en
plein),
Pour le genou, un indicateur : le relâchement de la rotule (ressenti individualisé, ou
avec partenaire),
Pour le bassin : le relâchement- coulé de l’aine (avec pour en faciliter la perception
un doigt posé dans le pli de l’aine), le coulé du coccyx, et le relâchement des
muscles fessiers.
Pour affiner le ressenti du relâchement de l’ensemble pied-genou-bassin, deux propositions d’exercice ont été expérimentées :
Visualisation de l’instant où l’on va s’asseoir sur une chaise placée derrière soi
(travail du coulé dans l’aine et du relâchement des fessiers),
Montée et descente verticale dans le champ de vision latéral d’un partenaire nous
informant de la rupture de la verticalité du dos (généralement produite par une
insuffisance de coulé dans l’aine, se traduisant par une bascule du haut du dos vers
l’arrière).
Installation du relâchement (song) dans la partie haute
La durée réduite de l’atelier n’a permis d’explorer qu’une proposition de travail du
relâchement des bras (avec partenaire) en trois temps :
Saisie du bras relâché au dessus du coude et oscillations du bras, si le relâchement est acquis passage à la séquence suivante,
Placer une paume sous le poignet et l’autre sous le coude et jouer avec le bras.
Deux types de comportement peuvent apparaître : la personne résiste, ou la personne aide. Il est très important que le partenaire qui tient le bras, informe
celui qui est passif, de ce qu’il perçoit.
Exercice du « rameur » : sur quatre temps, expérimenter la dissociation du
mouvement de la globalité du corps (en fajing avant et en retour en position
assise) et celui de la détente de ses parties, en l’occurrence celle des bras.
Remarque : A la fin de la séance quelqu’un est venu me voir et a souhaité toucher mon
tendon d’Achille pour tester son relâchement. Sa démarche posait la question de savoir
«qu’est-ce qu’un état relâché ? ». Un état relâché, n’est pas un état mou, ou mort, c’est un
état où seule est sensible une densité (la densité se substituant à la tension musculaire).
L’objectif du relâcher est dans un premier temps de se déprendre du contrôle musculaire, et ensuite de créer un continuum aussi dense que possible. Le relâchement requiert une vision du corps radicalement autre que celle d’un ensemble d’os et de muscles, et la meilleure analogie possible pour décrire cet état est celle d’un continuum liquide. Un tel continuum est à la fois dense, fluide, dénué de tensions, et idéalement propice à la propagation d’une onde.
Travail sur un exercice de relâchement couplant bras, jambes et bassin
L’exercice consiste à partir d’une rotation du bassin à venir s’asseoir alternativement sur une jambe et sur l’autre avec un balancement vertical des bras. Cet exercice (extrait d’une série de 5 exercices de Me Huang ancien disciple de Chen Man’Ching) permet de travailler sur le relâchement en mettant en jeu tous les aspects abordés précédemment.
Dissociation de la taille et du bassin
Deux exercices ont été expérimentés, qui reposent tous deux sur une immobilisation du
bassin et un mouvement de la partie supérieure du corps.
Premier exercice : Partir de la posture de l’arbre, effectuer une rotation vers l’intérieur des pouces (connexion aux omoplates) et amener les paumes tournées vers l’extérieur, puis sans bouger le bassin ni torsion de la partie haute de la colonne vertébrale, pivoter le tronc avec le dantian, une main monte l’autre descend. Le mouvement est de faible amplitude car il doit être le moins possible généré par les muscles du ventre. La sensation est celle d’un buste immobile qui pivote à l’intérieur du bassin sur lequel il est posé. La connexion énergétique se fait du dantian à l’extrémité du majeur de chaque main.
Second exercice : En position « archer », la main de la jambe avant est posée sur la
hanche, l’autre bras est entièrement relâché. Sans bouger le bassin faire osciller le
bras relâché à partir d’un mouvement dont l’origine est dans le dantian.
Le temps a manqué pour approfondir ces exercices qui nécessitent de la pratique pour arriver à un ressenti.
Intégration des différents aspects étudiés
L’exercice final a consisté à partir de la marche initiale, à porter l’attention sur le relâchement de la jambe vide dont la conduite est initiée par la taille, soit en avancée soit en recul. On a ainsi pu expérimenter le fait de rouler sur le talon et de couler dans les articulations du pied, du genou et de la hanche. Ce petit applicatif qui ne payait pas de mine en début de séance, a ainsi pu se révéler comme un condensé de micro-mouvements, dont l’articulation d’ensemble en fait tout l’intérêt,… et le plaisir !


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